Alzheimer : ce qui aurait un impact préventif

« Retour aux actualités 03 Août 2011 - Actualité

Alzheimer : ce qui aurait un impact préventif

Des chercheurs font l'hypothèse d'un effet protecteur du niveau d'instruction et en revanche de l'effet négatif du tabagisme, de l'inactivité physique.

 
Existe-t-il des stratégies pour éviter la maladie d'Alzheimer? Autrefois le cancer était la principale crainte des populations. Aujourd'hui, c'est la maladie d'Alzheimer qui fait le plus peur. Si le ou les traitements efficaces restent à découvrir, les médecins réfléchissent de plus en plus aux stratégies de prévention. Avec l'idée que même si on ne fait que retarder de cinq ans le début de la maladie, on réduira notablement le nombre de cas, puisque cette affection débute très tardivement, en moyenne après 75 ans.
À l'occasion du congrès international de l'Association Alzheimer, qui vient de réunir près de 6000 experts à Paris la semaine dernière, des chercheurs américains ont présenté les résultats d'une modélisation mathématique concluant que des millions de cas pourraient être évités dans le monde en maîtrisant des risques tels que l'hypertension, le tabagisme, l'obésité et le manque d'exercice physique et d'éducation. «On sait que certains facteurs, notamment vasculaires, favorisent la maladie d'Alzheimer, même s'ils n'en sont pas la cause, explique le professeur Philippe Amouyel (épidémiologiste, chargé du volet scientifique du plan national Alzheimer). Mais ils restent à démontrer que si on les corrige, on réduit le risque de présenter cette affection.»
Il y a plus d'une dizaine d'années, des études ont mis en évidence que traiter l'hypertension, réduire le taux d'accidents vasculaires cérébraux, avait un impact sur le risque d'Alzheimer. D'autres enquêtes ont souligné l'effet protecteur de l'activité physique et du niveau d'éducation. Partant d'une série d'enquêtes sur les facteurs favorisant ou réduisant ce risque, Deborah Barnes, professeur de psychiatrie à l'Université de Californie, a décidé de modéliser les facteurs de protection de la maladie d'Alzheimer.
Sept facteurs de risque
Les résultats publiés en ligne par la revue Lancet Neurology proviennent d'une étude qui a été menée grâce à des fonds de l'Association Alzheimer et de l'Institut national américain sur le vieillissement. Elle conclut globalement que sept facteurs de risque supposés de la maladie d'Alzheimer contribueraient à près de la moitié des cas dans le monde. Et que, selon le modèle utilisé, une réduction de 25% de ces facteurs de risque pourrait prévenir plus de 3 millions de ces cas. Avec une réduction de seulement 10%, le gain potentiel serait déjà de un million.
Pour arriver à cette conclusion, l'équipe de Deborah Barnes a estimé le nombre de cas attribuables à chaque facteur de risque supposé en partant de résultats obtenus par des enquêtes antérieures. Arrive en tête le faible niveau d'instruction (19%), l'activité intellectuelle semblant exercer un effet protecteur. Viennent ensuite le tabagisme (14%), l'inactivité physique (13%), la dépression (11%), l'hypertension (5%), l'obésité (2%), le diabète (2%).
S'il a été démontré qu'il y avait plus de malades d'Alzheimer chez des personnes ayant un faible niveau d'éducation, ou encore parmi les fumeurs, il reste à prouver que le fait d'améliorer ces facteurs réduit le risque. «Pour avoir la preuve qu'une telle stratégie est efficace, il faut mener de grands essais, à l'échelle de l'Europe par exemple, en comparant des populations pour lesquelles on corrige tous ces facteurs à d'autres chez qui aucune intervention spécifique n'est menée», ajoute le professeur Amouyel.
Vu l'enjeu et le nombre de personnes concernées, des discussions très engagées ont déjà lieu pour mettre en place un tel essai. «La maladie d'Alzheimer est une urgence mondiale et nous devons accélérer la découverte de méthodes visant à la dépister et à la prévenir dès maintenant», a déclaré le Dr William Thies, responsable scientifique de l'Association Alzheimer américaine, dans un communiqué. Le nombre de malades d'Alzheimer et des démences apparentées devrait doubler en vingt ans dans le monde, passant de 35,6 millions actuellement à 65,7 millions en 2030, selon des estimations de l'association Alzhei­mer's Disease International.

Martine Perez - Tous droits réservés (2011) - Le Figaro

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