Elle a le sourire jusqu’aux oreilles... Nous sommes loin des jours où l’angoisse obscurcissait son visage. Loin de la série de braquages et d’agressions démarrée fin 2010. Fatiha Djegaoud, pharmacienne au cœur de la cité des Moulins, à Nice, change d'horizon. Fin avril ou début mai, elle aura quitté le quartier. Terminé l’officine. Elle cesse son activité. Pour, à 62 ans, en démarrer une nouvelle, plus... politique.
Dans Paroles de Français
Elle n’a pas renoncé. Ce n’est pas dans le tempérament de celle qui, avec aplomb, a exprimé son ressentiment au président de la République, dans « Paroles de Français » sur TF1. C’était le 10 février. Quelques semaines plus tôt, elle confiait ne pas vouloir « laisser gagner » ceux qui, par la violence, souhaitaient la décourager d’exercer.
Sollicité par Estrosi
Mais depuis le coup de projecteur télévisuel, les sollicitations se sont multipliées. « J’ai été contactée par Christian Estrosi, rappelle-t-elle. Il m’a proposé de faire partie de son équipe. » Le premier magistrat niçois lui dit avoir beaucoup aimé son apparition à la télé. « Il m’a dit avoir été marqué par le fait que je ne parlais pas en mon nom, mais au nom de tous les Français. »
Fatiha Djegaoud avait aussi tenu à rencontrer Nicolas Sarkozy, hors plateau. « On m’attendait pour parler d’insécurité, mais je voulais dire au Président combien les pharmaciens souffraient. » Reçue à l’Élysée, la gérante n’a pas flanché.
Aucune hésitation
Idem lorsqu’elle a dit « oui » à l’offre du maire de Nice. « Je n’ai pas hésité. J’ai toujours eu envie d’aider les autres. » Sa mission ? « Je ne sais pas encore. Il m’a demandé quelles étaient mes aspirations. Je lui ai parlé des enfants, des quartiers défavorisés… Je lui ai dit que je rêvais que la cité des Moulins soit un modèle de réussite et que j’étais prête à m’investir. Il avait l’air satisfait. Ce devait être ce qu’il attendait… »
Promouvoir la culture
Fatiha Djegaoud aimerait promouvoir la langue française et voir la jeunesse s’ouvrir davantage à la culture. « Qu’ils voient autre chose que la rue. » Et la politique dans tout ça ? « Je m’y suis toujours intéressée. Je ne me suis jamais engagée. Mes parents étaient captivés par l’actualité et ma nièce vient d’achever ses études de sciences politiques. »
"Plutôt de droite"
Et l’UMP ? « Je suis plutôt de droite, donc ça me convient. Mais travailler avec cette équipe me réjouit, au-delà de mes convictions politiques. Je veux œuvrer pour la ville. » Avec passion. « Je ne fais pas les choses à moitié ! Je veux me faire force de propositions. Ce qui existe semble insuffisant. Il va falloir trouver des solutions. »
"Sans haine, ni rancoeur"
En attendant, la « patronne » garde la tête sur les épaules. « Je dois gérer ma pharmacie et m’assurer que la suite sera favorable pour mes employées. » Elle est heureuse. « Je ne pars pas avec haine et rancœur. » Elle en vient même à avoir une pensée pour ses agresseurs… « Ils sont très jeunes et j’espère qu’ils pourront faire quelque chose de leur vie. »
Dans quelques semaines, le bâtiment où elle travaille sera démoli, dans le cadre du chantier de réhabilitation du quartier. Plus aucune trace du passé. La page sera définitivement tournée.