Pour nombre d’entre nous, l’épineux débat autour des grands conditionnements est avant tout une question de trésorerie. Connaissez-vous les raisons de la perte de marge ? Et quel est l’argumentaire de la CNAM ?
Avec l’instauration de la marge dégressive lissée, plus un médicament est cher, moins la marge du pharmacien en pourcentage est élevée. Cette marge dégressive se définit
en quatre classes : la première comporte
les médicaments dont le prix pharmacien hors taxes est inférieur à 22,90 €, la seconde de 22,91 € à 150 €, la troisième de 150 € à 400 € et la dernière pour les médicaments de plus de 400 €. La différence de prix entre les boîtes mensuelles et trimestrielles s’explique donc
en partie par les changements de classe.
C’est pour cela que délivrer trois boîtes situées dans une certaine tranche ne revient absolument pas, économiquement parlant,
à délivrer une boîte de la tranche supérieure.
Les grands conditionnements concernent quatre pathologies chroniques : le diabète, l’hypertension, le cholestérol et l’ostéoporose. Dès septembre 2005, les boîtes de trois mois sont arrivées pour le traitement de l’ostéoporose. Fin 2009, 80 % des traitements pour ces quatre affections étaient disponibles en conditionnements trimestriels.
D’après la CNAM, toujours à la fin de 2009, les boîtes trimestrielles représentaient 23 % des traitements, pour une économie annuelle de 105 millions d’euros pour l’assurance-maladie, les patients et leurs assureurs complémentaires.
L’assurance-maladie estime à 390 millions l’économie qui pourrait être réalisée si 60 %
des traitements de longue durée étaient délivrés en grands conditionnements, dont 78 millions pour les complémentaires et 80 millions pour les assurés, en raison de franchises médicales moindres. Ce dernier point constitue l’un des arguments mis en avant auprès des assurés par l’assurance-maladie et les assureurs complémentaires. Si l’on entend l’argument financier de l’État, il n’en demeure pas moins que les boîtes trimestrielles représentent un manque à gagner certain pour les pharmacies. Une perte qui s’accompagne d’un autre point négatif, souvent sous-estimé, résultant de la baisse de fréquentation induite par des patients mono ou bi-médiqués qui ne pousseront pas les portes de leur officine avant trois mois.
Enfin, le montant des économies est contesté par certains, puisque ne prenant pas en compte le gaspillage dû aux changements de traitement. Et nous pouvons tous témoigner avoir vu partir à Cyclamed des grands conditionnements quasi intacts…
Caroline Marty