C’est dans des bâtiments neufs situés au nord de Paris que siège la toute jeune Agence régionale de santé (ARS) d’Ile-de-France. Inauguré le 1er avril dernier,
cet établissement en charge de la mise en œuvre de la politique de santé publique dans la région Ile-de-France est dirigé par Claude Evin, ancien ministre de la Solidarité, de la Santé et de la Protection sociale.
Hasard du calendrier, notre rendez-vous avec Nadine Weissleib, directrice du pôle Veille et sécurité sanitaires au sein de l’ARS Ile-de-France coïncide avec le jour des résultats des élections aux Unions régionales de professions de santé (URPS).
ARS et URPS, deux structures, l’une administrative, l’autre associative, chargées d’une mission commune : concevoir l’organisation et l’évolution de l’offre de santé au niveau régional. Pourtant, si la première a un pouvoir décisionnel clairement reconnu par ses attributions politiques, la seconde semble endosser une fonction plus participative. « Faux, rétorque Nadine Weissleib. Les URPS seront plus que des partenaires actifs, ce seront des interlocuteurs incontournables des ARS. Elles permettront aux professionnels de santé de jouer un rôle de premier plan dans la préparation du projet régional de santé. »
Un positionnement régional
Marque d’une déconcentration et d’une territorialisation de l’Etat au niveau régional, l’ARS Ile-de-France regroupe et remplace les anciennes structures de santé publique et d’organisation des soins telles que la Direction régionale des affaires sanitaires et sociales (Drass), les Directions départementales des affaires sanitaires et sociales (Ddass), l’Agence régionale d’hospitalisation (ARH) ou encore les différentes structures de l’Assurance-maladie : Urcam, Cram et DRSM. « L’ARS réunit les différents acteurs de l’Etat et de l’assurance-maladie et fusionne les leviers d’action sur la santé au sein d’une seule entité, explique Nadine Weissleib. Désormais, les professionnels de santé n’ont plus qu’un seul interlocuteur dédié. »
On l’aura compris, l’ARS, émanation directe de la loi Hôpital, patients, santé et territoires (HPST), vise à clarifier et à décloisonner les secteurs et les besoins de santé au niveau régional. Toutefois, avec la disparition des Ddass, leurs interlocuteurs départementaux privilégiés, les pharmaciens peuvent craindre une rupture du dialogue départemental, au profit d’une régionalisation de la santé. Affaiblissement de la représentativité des syndicats au niveau local, ingérence de l’Etat dans les regroupements, transactions d’officines, court-circuitage des conventions nationales… l’ARS suscite un certain scepticisme parmi les pharmaciens. Nadine Weissleib se veut rassurante : « La notion de proximité subsiste pour les pharmaciens d’officine. L’ARS Ile-de-France dispose de huit délégations territoriales dans chacun de ses départements, qui demeurent le même niveau de proximité que les anciennes Ddass. Ces délégations restent les interfaces locales des professionnels de santé. »
Mutualisation des moyens, optimisation des dépenses, meilleure répartition territoriale de l’offre de soins, amélioration de la qualité des pratiques professionnelles… les orientations stratégiques de l’ARS sont intégrées au sein d’un plan stratégique régional de santé (PSRS). Côté organisation, l’Agence se compose de deux directions « métiers » : la santé publique ; l’offre de soins et médico-sociale. Rattaché à la direction de la santé publique, le pôle Veille et sécurité sanitaires dirigé par Nadine Weissleib comprend le département de contrôle et sécurité sanitaire des produits et services de santé, le département de contrôle et sécurité des milieux, le service zonal de défense et de sécurité et la plate-forme de veille, alertes et gestion sanitaires qui réceptionne les signaux susceptibles de présenter un risque pour la santé de la population, par les professionnels de santé.
C’est dans le département Contrôle et sécurité sanitaire des produits et services de santé que sont regroupés les vingt-deux pharmaciens inspecteurs de santé publique (PHISP) de l’ARS Ile-de-France. Instruction des demandes d’autorisation d’installation, de regroupement, contrôle de la sécurité sanitaire tout au long de la chaîne du médicament… A ces missions déjà assurées précédemment et à l’instar des nouvelles missions attribuées par la loi HPST aux pharmaciens d’officine, les missions des pharmaciens inspecteurs évoluent. « Les pharmaciens s’inscrivent de plus en plus en appui des professionnels dans leurs démarches de progression et d’amélioration du service rendu aux patients », note Nadine Weissleib.
Concrétisation des missions de la loi HPST
S’il est encore trop tôt pour dresser un premier bilan des ARS, une chose est sûre : la mise en place de ces établissements a profondément accéléré l’intégration des missions prévues dans le cadre de la loi HPST. Rôle du pharmacien référent dans les Ehpad, participation accrue aux soins de premier recours, renforcement de la coopération professionnelle, participation à l’éducation thérapeutique et aux actions d’accompagnement du patient, permanence des soins… l’ARS est le centre de pilotage des nouvelles missions du pharmacien d’officine.
Pour mettre en œuvre la permanence des soins liée à la loi HPST, l’ARS Ile-de-France dispose également d’un instrument privilégié de la stratégie régionale : le volet ambulatoire du schéma régional d’organisation sanitaire (SROS). Parmi ses nombreuses missions, le SROS vise notamment à déterminer la répartition géographique des installations et activités de soins en fonction des besoins de la population. « Respectueux de l’autonomie des acteurs de ‘’terrain’’ et des rôles respectifs de chacun, le SROS contribue à mettre en œuvre les différents volets de la loi HPST, confirme Nadine Weissleib. Il faut que le pharmacien pèse davantage dans les réseaux ville-hôpital et qu’il s’impose comme le maillon incontournable dans la chaîne de soins. »
Olivier Valcke
Olivier Valcke