La dernière campagne de publicité Leclerc avait fait l’objet d’une assignation de la part d’Univers Pharmacie, de l’Union des groupements de pharmaciens d’officine (UDGPO) et de DirectLabo. Le tribunal de grande instance (TGI) de Colmar a rendu son jugement.
Pour la deuxième fois, la campagne Leclerc diffusée fin 2009 s’attaquait aux officines françaises, demandant le droit de vendre les médicaments non remboursés « à prix Leclerc », mettant en avant d’importantes différences de prix dans ce secteur, pouvant aller du simple au triple. Pour la deuxième fois, les pharmaciens ont réagi et attaqué en justice.
C’est une « demande en cessation de concurrence déloyale ou illicite » qui a été déposée par le groupement Univers Pharmacie, l’UDGPO et DirectLabo auprès du TGI de Colmar, à l’encontre de la société coopérative « Groupements d’achats des centres Leclerc ». Cette dernière a argué de l’irrecevabilité des demandes, indiquant que, dans la mesure où Leclerc ne vend pas de médicaments, on ne peut considérer sa publicité comme comparative, illicite ou trompeuse.
De même, si on ne peut contester les écarts de prix, ni que l’ouverture du marché aurait « un impact considérable sur les prix », alors la publicité n’est pas dénigrante. Leclerc demandait donc la nullité de l’assignation, prétextant la liberté d’expression sur une « question d’intérêt général ». La nullité n’a pas été obtenue. Mieux, le tribunal a donné raison aux demandeurs : « Il n’est pas possible d’accepter que des annonceurs se protègent d’accusation de publicité déloyale ou parasitaire en incluant simplement à leurs publicités des références à des débats d’intérêt général. » Le tribunal indique que la publicité télévisée créait « l’émotion du scandale » pour ensuite faire son annonce « sans transition » et qu’elle mettait les médicaments sur le même plan que les yogourts ou l’essence. En conclusion, le tribunal reconnaissait que « le groupe Leclerc utilise la notoriété et la valeur du médicament tout en discréditant le dispensateur légal et ce, dans son seul intérêt », que sa publicité « donne une image très caricaturale des pharmaciens, banalise leur investissement […] et créé un trouble commercial ». Le groupe Leclerc se voit donc condamné à « cesser toute communication publicitaire faisant la promotion de ses produits, de son domaine d’activité, de son objet social, en utilisant une référence au prix des médicaments distribués en officine ». En cas d’infraction, Leclerc serait sanctionné par une astreinte de 10 000 €. Des modifications ont dû être apportées au site Internet www.sesoignermoinscher.com sous peine des mêmes sanctions. Enfin, Leclerc est condamné à payer aux demandeurs un total d’environ 100 000 €. Le groupe Leclerc a d’ores et déjà annoncé sa volonté de faire appel. À suivre… l
Amélie Baumann-Thiriez