Les parabènes, un moindre mal pour les médicaments

« Retour aux actualités 26 Mai 2011 - Actualité

Les parabènes, un moindre mal pour les médicaments

Plusieurs centaines de produits de santé contiennent des parabènes. Crédits photo : © Jacky Naegelen / Reuters/X00198

INTERVIEW - Utilisés depuis des décennies dans l'industrie phramacologique, les parabènes sont des conservateurs de référence. Et pour le Pr François Chast, chef du service pharmacologie-toxicologie de l'Hôtel-Dieu, leur balance bénéfices/risques est positive.

Naturellement présents dans de nombreux fruits et légumes (cassis, carotte, vanille...), les parabènes sont utilisés depuis 1920 comme conservateurs dans l'industrie alimentaire, cosmétique et pharmacologique. Ils sont donc logiquement présents dans les médicaments, comme en attestent leurs notices. Le Monde daté du 24 mai a listé quelque 400 spécialités pharmaceutiques contenant des parabènes. Parmi les plus connus, figurent notamment la Biafine, le dentifrice Fluocaril, Humex (maux de gorge), Fungizone (antimycosique), Ibuprofène (anti-inflamatoire), Motilium (antinauséeux), Maalox (maux d'estomac), Primperan (contre les nausées), etc. En réalité, «il y en a sûrement beaucoup plus!» , estime le Pr Jean-Paul Giroud, pharmacologue reconnu exerçant à l'Institut Cochin et auteur du livre Médicaments sans ordonnance, les bons et les mauvais (La Martinière). «Les parabènes ont une bonne activité antibactérienne et antifongique (contre les champignons NDLR), précise le Dr Claude Monneret, directeur de recherche émérite au CNRS (Institut Curie) et membre de l'Académie de pharmacie. Ce sont des conservateurs de référence qui à ma connaissance n'ont pas d'altervatives immédiates».

Rappelons qu'à la surprise générale, l'Assemblée nationale avait adopté en première lecture le 3 mai dernier une proposition de loi du Nouveau Centre interdisant l'utilisation (la fabrication, l'importation et la vente) de produits contenant des substances chimiques suspectées d'être des perturbateurs endocriniens. Le texte était passé à 236 voix contre 222. Pour que les parabènes soient définitivement bannis en France, il faudrait que le Sénat (qui avait voté la loi interdisant le Bisphénol A dans les biberons) valide à son tour la décision. Mais il faudra compter avec l'opposition du gouvernement: le ministre de la Santé Xavier Bertrand avait rappelé qu'avant de prendre une décision, il souhaitait attendre les résultats de plusieurs expertises, dont une actuellement en cours à l'Agence du médicament.

 

«Une chasse aux sorcières chimiques»

INTERVIEW - Le Pr François Chast est chef du service pharmacologie-toxicologie de l'Hôtel-Dieu, à Paris.

Par quels mécanismes les parabènes permettent-ils de conserver les médicaments ?

Ces produits sont utilisés depuis des décennies comme conservateurs du fait de leurs propriétés antibactériennes et antifongiques (contre les champignons NDLR). Ce sont les conservateurs de référence car leur mécanisme d'action est orienté sur le métabolisme des bactéries. Ils n'ont pas a priori d'interaction avec le métabolisme humain.

Une interdiction vous paraît-elle justifiée ?

Dans les problèmes de santé publique, il faut savoir discerner ceux qui méritent un questionnement, ceux qui nécessitent un débat et ceux pour lesquels la balance bénéfices/risques est positive. Avec les parabènes, on est dans ce dernier cas. Je ne comprends pas cette chasse aux sorcières chimiques. Aujourd'hui, tout ce qui est lié à la chimie est automatiquement suspecté d'être cancérigène, d'induire des problèmes de stérilité, de malformations… Mais en ce qui concerne les parabènes, leurs effets de type œstrogène sont de l'ordre de 10.000 à 100.000 fois inférieurs à ceux de l'œstradiol. Il faut mettre en balance ces risques non établis avec ceux de ne pas mettre de conservateur. Sans ce type de produit, le médicament risque en effet de se dégrader plus vite, avec une destruction de son principe actif. Il y a aussi éventuellement des risques infectieux. Une interdiction me semble totalement démesurée.

Si cette décision était néanmoins prise, que risque-t-il de se passer pour les médicaments contenant des parabènes ?

Je pense que l'industrie pharmaceutique doit s'inquiéter car il faudrait alors modifier l'AMM (autorisation de mise sur le marché) des produits concernés. Il leur faudra étudier d'autres conservateurs et je ne vois pas d'alternative simple aux parabènes.

 

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