« Nous sommes à la croisée des chemins »

« Retour aux actualités 13 Mai 2011 - Actualité

« Nous sommes à la croisée des chemins »

C’est un président fraîchement nommé qui s’est confié à Pharma. Le 22 mars, Frédéric Laurent a pris les rênes de l’UNPF et les dossiers qui l’attendent sont aussi nombreux que complexes.

Pharma. Vous êtes le dernier venu dans la cour des présidents de syndicat. Quelles sont vos relations de travail avec vos homologues ?
Frédéric Laurent. J’éprouve la plus grande sympathie pour Philippe Gaertner (FSPF) et Gilles Bonnefond (USPO). Nous nous rencontrons au travers de réunions plusieurs fois par semaine, et avons des discussions informelles. Et pour l’anecdote, je prends souvent le TGV avec Philippe Gaertner, pharmacien dans la même région que moi, l’Alsace. Malgré quelques opinions divergentes, nous œuvrons tous à la défense des intérêts de la profession.

Pharma. Vous avez succédé à Claude Japhet à la tête de l’UNPF. Quelles sont vos actions prioritaires pour ce mandat de trois ans ?
F. L. Notre premier chantier est économique. On assiste à une grande distorsion entre les officines. En 2000, à chiffre d’affaires constant, nous étions à 2 % de distorsion. En 2011, nous sommes autour de 8 %. Il faut, et c’est une priorité pour l’UNPF, stabiliser la marge. Le fait de basculer d’une rémunération à la marge vers une rémunération des services et des nouvelles missions ne ferait qu’accroître ces distorsions. Il n’est pas question d’aller sur des transferts de la marge pour rémunérer d’hypothétiques nouvelles missions. Il est donc essentiel de linéariser la marge pour réduire les écarts. Nous allons également nous atteler à renégocier la convention nationale avec l’Assurance maladie. Nous en profiterons pour discuter de l’articulation de ces nouvelles missions et de leur rémunération au sein de cette convention et demandons la création d’une lettre clé permettant cette rémunération. Enfin, nous avons pris une dimension européenne en travaillant activement au sein du Groupement pharmaceutique de l’Union européenne (GPUE) sur un certain nombre de dossiers comme la pharmacovigilance ou la traçabilité du circuit du médicament. Autant de dossiers qui auront des impacts sur notre exercice futur.

Pharma. Vous êtes donc défavorable à une rémunération à l’honoraire ?
F. L. Dispensation à domicile, préparation des doses à administrer, dépistage et prévention du patient chronique, accompagnement de la personne âgée dépendante… il est évident qu’il faut trouver de nouvelles rémunérations pour les missions prévues dans le cadre de la loi HPST. Pour autant, les nouvelles missions et les nouveaux services n’effaceront pas le marasme économique dans lequel se trouve la profession officinale. Pour l’instant, le décret sur le pharmacien correspondant a été signé, sans que l’alinéa 8 prévoyant sa rémunération n’apparaisse. Quant au rapport de l’Igas, il n’a, à ce jour, toujours pas été remis. Cette situation ne change rien à nos convictions. Nous sommes opposés à tout changement de rémunération sans que la marge ait été au préalable stabilisée.

Pharma. Interpellé sur la question du TFR haut et le décret sur les SPF-PL, Xavier Bertrand a appelé à une harmonisation des positions syndicales. Quel est votre avis sur le sujet ?
F. L. Le dossier SPF-PL est au point mort. J’ai demandé à ce que nous puissions nous rencontrer rapidement avec l’Ordre et les principaux acteurs pour trouver le consensus nécessaire. Nous sommes aujourd’hui la seule profession libérale qui n’a pas les décrets. Dans le contexte économique actuel, le fait de voir sortir les décrets sur les sociétés de participations financières de professions libérales (SPF-PL) nous permettrait de trouver une partie de la réponse à nos problèmes économiques.
Sur la question du TFR haut, l’UNPF s’est positionnée très clairement. Nous sommes contre toute généralisation. Les génériques ont pris une part importante dans la structure de la marge des officines. Introduire un TFR cassera la dynamique positive dans laquelle nous sommes, même si celle-ci s’est un peu érodée du fait de problématiques qui ne sont pas dues à l’acte de substitution des officinaux. La profession doit au plus vite signer un nouvel avenant générique, prévoyant non plus une taxe fixe à atteindre, mais un objectif d’augmentation raisonnable par rapport au taux rebasé.

Pharma. Les ARS, installées l’an passé, sont les nouveaux interlocuteurs régionaux des pharmaciens, regroupés au sein des URPS. Le dialogue est-il plus ouvert entre les deux structures ?
F. L. Nous sommes actuellement dans la phase de prise de contact avec les directeurs des ARS. Je reste persuadé que, sous couvert de régionalisation, l’ARS est un instrument de l’Etat pour avoir la mainmise sur la santé en région. Pour autant, les ARS, qui sont en train de discuter des plans stratégiques régionaux de santé au sein des commissions régionales de santé et d’autonomie, font des diagnostics plus fins, parce que régionaux, des besoins de santé sur un territoire précis. Les remontées que nous avons pour l’instant sont plutôt positives.

Olivier Valcke

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