Une pharmacienne au coeur du crime

« Retour aux actualités 26 Novembre 2010 - Actualité Portraits/Reportages

Une pharmacienne au coeur du crime

Une pharmacienne au coeur du crime Elle a coordonné les expertises génétiques des plus grandes affaires criminelles françaises. De l’affaire Omar Raddad à Caroline Dickinson, en
passant par le meurtre du petit Grégory, Marie-Hélène Cherpin a été, pendant plus de dix ans, la caution scientifique des recherches judiciaires. A l’heure où le succès des séries comme Les Experts, NCIS ou R.I.S. témoigne d’une fascination sans bornes du public pour les méthodes d’investigation de la police scientifique, Marie-Hélène Cherpin se souvient, un brin nostalgique, de ses débuts : « En 1986, après mon internat de biologie, j’avais besoin de changement, d’une expérience professionnelle atypique. Par hasard, j’ai entendu parler de la police scientifique. Je me suis présentée au bureau chargé des recrutements. Après un entretien, j’ai été embauchée. »
Nommée conseiller scientifique au ministère de l’Intérieur, la jeune femme a en charge la modernisation de la police scientifique, notamment au travers de la coordination de ses cinq laboratoires (Paris, Lyon, Lille, Marseille et Toulouse). Une mission délicate mais nécessaire, selon elle : « Pionnière jusque dans les années 1950 dans le domaine de l’analyse scientifique, la France était à l’époque à la traîne au niveau européen. » En 1985, ne subsistaient que 35 scientifiques dans les laboratoires de police, alors qu’ils étaient 900 en Grande-Bretagne et 700 en Allemagne ! « La prise de conscience de cette carence a eu lieu au début des années 1980 à la suite des attentats d’Orly, explique Marie-Hélène Cherpin. Entre 1978 et 1983, Orly est devenu la cible privilégiée de groupes terroristes. Au grand dam des autorités judiciaires françaises, il a fallu faire appel à la police scientifique allemande pour résoudre ces affaires et déjouer de nouveaux attentats. La nôtre était incapable techniquement et humainement de s’en sortir seule. »
L’ADN
au service de la vérité
Si les empreintes génétiques ont été utilisées pour la première fois en France en 1989, la première affaire qui montre toute l’étendue des pouvoirs de l’ADN date de 1996. Cette année-là, dans la nuit du 17 au 18 juillet, une adolescente britannique, Caroline Dickinson, est violée et tuée lors d’un séjour linguistique à Pleine-Fougères, en Ille-et-Vilaine. Un marginal, déjà condamné pour des affaires de mœurs, est arrêté et finit par avouer. Mais l’analyse ADN le disculpe. En revanche, elle confondra un routier espagnol, Francisco Arce Montes, appréhendé en 2001 à Miami
pour un autre méfait. L’homme est extradé vers la France, où il purge désormais une peine de trente ans de prison. A l’époque, Marie-Hélène Cherpin est directrice du laboratoire de la police scientifique de Paris et supervise l’analyse des tests : « Dans l’affaire Dickinson, la génétique a joué un rôle déterminant pour rétablir la vérité. La double vocation de l’ADN a ici pris tout son sens : identifier les criminels et disculper les innocents. »
Disculper les innocents, c’est également l’objet des analyses menées l’an passé sur les scellés de l’affaire du petit Grégory. Vingt-cinq ans après la découverte du corps de l’enfant dans les eaux de la Vologne, les vêtements qu’il portait le jour de son assassinat ont été soumis à de nouveaux tests ADN, qui ont permis d’écarter les parents de Grégory. « Le mode opératoire est toujours le même, commente Marie-Hélène Cherpin. On emploie une lampe laser sur les scellés qui rend fluorescents les liquides biologiques. Une fois les endroits intéressants repérés, nous procédons à un prélèvement et on extrait l’ADN pour l’amplifier. Dès qu’une trace est décelée, elle est transmise au Fichier national des empreintes génétiques (Fnaeg) (voir encadré), qui facilite l’identification et la recherche des auteurs d’infractions à l’aide de leur profil génétique. »
Des techniques d’analyse évolutives
En 2005, après plus de dix années passées à la tête du laboratoire de la police scientifique de Paris, Marie-Hélène Cherpin part prendre la direction du laboratoire d’empreintes génétiques Biomnis à Lyon. « J’avais envie de revenir dans ma région d’origine et de tenter l’aventure du privé. Mais le cœur de mon activité reste le même : je travaille toujours en étroite collaboration avec la justice. » Chaque année, le laboratoire Biomnis traite quelque 5 000 scellés mais également des tests de paternité, des interventions spécifiques…
Forte d’une riche expérience dans le domaine de la génétique, Marie-Hélène Cherpin reste une observatrice attentive des évolutions des méthodes d’analyse : « La technique a profondément changé ces dernières années, notamment grâce à la méthode PCR. » La méthode PCR ? Inventée en 1992 et utilisée par la police française à partir de 1995, la réaction en chaîne par polymérase
(PCR en anglais) a révolutionné l’analyse des tests ADN. « Plus rapide, cette méthode permet l’analyse d’échantillons d’ADN plus petits ou dégradés, contrairement à l’ancienne méthode RFLP, l’une des toutes premières techniques d’analyse ADN, qui nécessitait une grande quantité d’ADN et de bonne qualité pour arriver à des résultats probants. »
Pharmacienne de formation, Marie-
Hélène Cherpin n’a pas pour autant oublié ses années d’études qui lui ont permis « d’acquérir une solide culture générale scientifique très utile dans mon activité professionnelle. » Et de rappeler la présence accrue de pharmaciens au sein des laboratoires de la police scientifique : « La toxicologie, l’analyse des stupéfiants font partie des activités d’un laboratoire qui regorge de pharmaciens. Ce sont d’ailleurs les études de pharmacie qui préparent le mieux à ces spécialités. » C’est un fait avéré : les études de pharmacie mènent à tout.

Olivier Valcke

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