Même si presque toutes les personnes âgées présentent des anomalies cérébrales à un niveau histologique, elles ne sont pas toutes pour autant victimes de démence au moment de leur décès. Une étude épidémiologique européenne (Eclipse) a cherché à évaluer l’effet protecteur supposé du niveau d’éducation sur le risque de démence en se posant trois questions principales : l’éducation protège-t-elle des anomalies neuropathologiques cérébrales ? Permet-elle de compenser les effets délétères des anomalies neuropathologiques ? Une telle compensation varie-t-elle avec la sévérité des lésions neuropathologiques ? Au total, 872 dossiers de patients, dont 486 (56 %) ayant développé une démence, ont été analysés. Les résultats indiquent qu’un plus haut niveau d’éducation est associé à un moindre risque de démence clinique au moment du décès. Le poids du cerveau est par ailleurs plus important. Quant au niveau d’éducation, il n’a pas d’influence sur la nature ni la sévérité des lésions neuropathologiques vasculaires ou dégénératives. Enfin, la prévalence de la démence clinique est atténuée par le niveau d’éducation, pour toutes les anomalies neuropathologiques. Pour la maladie d’Alzheimer, les sujets à haut niveau d’éducation ont un moindre risque de démence que les sujets à faible éducation, sauf pour les stades sévères. Ces données clinico-pathologiques permettent de lever les doutes. Un haut niveau d’éducation ne protège pas de la constitution de lésions cérébrales. En revanche, il permet de les compenser tant qu’elles n’atteignent pas un seuil rédhibitoire à ses mécanismes d’adaptation.
Olivier Valcke