Faculté-réalité

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Pour la seconde année consécutive, les étudiants en 5e année officinale de Châtenay-Malabry ont eu un « devoir » un peu spécial : racheter une pharmacie. Bilan comptable ou plans en main, ils ont dû, comme des grands, monter leur dossier et préparer leur installation.

La faculté de Paris-Sud était bien calme, ce 29 mai. Pas d’attroupement d’étudiants bavardant au soleil, aucun petit groupe révisant sur l’herbe… On aurait pu croire les lieux déserts, si l’on n’avait croisé, çà et là, un jeune homme en costume muni d’un saladier ou une jolie demoiselle armée d’une tarte. Un pique-nique chic ? non, mais une journée un peu spéciale : celle des études de cas…
Le principe de l’étude de cas, tel que l’a voulu Hélène Van den Brink, est simple : prendre une officine, évaluer ses points forts et faibles, monter le dossier d’acquisition, et l’« acheter ». « Lorsque j’étais en 4e année, se rappelle Mme Van den Brink, j’ai travaillé sur un projet de ce genre, un cas d’officine fictive. J’avais trouvé que c’était une bonne idée, mais que ça aurait été encore plus profitable avec un cas réel. » Quelques années plus tard, la maître de conférences en droit et économie pharmaceutiques, devenue responsable de la filière officine de Châtenay, repense à ce projet et s’attelle à la tâche pour offrir aux étudiants une réelle étude de cas. « On s’est retroussé les manches, j’ai fait ­appel à des copains installés, et ils ont vraiment joué le jeu. »


Antoine, groupe « audit financier »

« C’était intéressant. On a pu avoir un petit aperçu de ce qu’il faut étudier avant de se lancer et s’établir en tant que titulaire. Ça nous a permis de nous projeter dans l’avenir, car, pour ma part, j’espère m’installer après quelques années d’assistanat. Et puis ça nous sort des cours et de la routine ! »


Romain,groupe « plan de financement »

« J’ai beaucoup apprécié cette expérience. Je travaille un peu en officine, mais je fais surtout du comptoir et des commandes, je ne connais rien aux dessous d’une pharmacie. C’est un bon moyen de préparer l’avenir et ça complète de façon vraiment concrète nos cours de gestion ou de finance. La présentation est un peu stressante, mais le travail en groupe s’inscrit bien dans la continuité de ce qu’on a fait les années précédentes. »


Caroline, groupe « formation continue »

« Cette étude de cas, c’est une super idée ! Le rachat d’une officine est quelque chose de très flou, pour nous étudiants. On a quelques notions théoriques, mais la pratique est vraiment abstraite, et on nous jette un peu aux loups à la fin des études. C’est donc une démarche très enrichissante. Le seul point négatif, c’est que, comme nous travaillons en petits groupes, nous nous concentrons sur un aspect précis et n’avons pas la possibilité de nous pencher autant en détail sur le reste. J’aurais bien aimé être plus au point sur tout ce qui est finances, ­démarches, demandes des banques. »


Adrien, groupe « plan de formation »

« Je ne peux pas dire que ça m’ait apporté grand-chose. C’était bien, mais c’est surtout enrichissant pour une première approche et, comme mes parents sont titulaires, j’étais déjà au courant de beaucoup de choses. J’avais déjà étudié un bilan, vu le comptable… Du coup, j’ai pu me rendre compte que si dans les grands axes les informations étaient vraies, dans le détail en revanche, c’était parfois erroné, certains chiffres étaient faux, comme la durée de l’emprunt. En tout cas, le concept est bon et tous les points importants ont été vus. »


Fabien,coordinateur de cas

« C’est une très bonne chose pour nous étudiants, car une partie d’entre nous sera titulaire un jour. Connaître l’ensemble des démarches est important, or il y a une réelle méconnaissance à ce niveau-là. Maintenant, nous savons ce qu’il faudra faire. Chaque étudiant a travaillé sur une partie au sein d’un groupe, mais l’investissement était vraiment collectif, et chacun, au final, a une connaissance du tout. Merci, vraiment, aux professeurs et au titulaire qui a joué le jeu. »


En 2008, les deux pharmacies choisies étaient une officine de province et une d’Île-de-France. Cette année, les deux sont franciliennes mais de tailles très différentes (la première dégage 5,5 M€ de CA, la seconde 735 000 €).

Les étudiants ont eu accès à tout : des comptes aux locaux, en passant par les équipes, ils ont pris connaissance de « leur » officine, visité les alentours et préparé le rachat.
Les 150 « potards » se sont répartis entre les deux officines : au sein de chaque groupe, des modules de 3 à 10 étudiants se sont attachés à un aspect particulier. Le résultat final, présenté en amphithéâtre devant l’ensemble de la promotion, les professeurs impliqués, les pharmaciens « cobayes » et un jury de professionnels, s’est avéré réellement enthousiasmant. Environnement médical et caractéristiques de la clientèle, analyse de l’EBE et étude des structures financières, préparation du pacte d’associés et des emplois du temps, ­diminution de la masse salariale ou embauche, adhésion à une enseigne, agencement, management, plan de formation… tout cela a été étudié, évalué, préparé puis présenté par des groupes parfois nerveux, mais visiblement impliqués. Et si la jeune génération a su envisager l’installation d’un corner audioprothèse, d’un automate, ou la création d’un site Internet, elle n’en a pas oublié pour autant les notions de santé publique et de conseil.

« Je suis contente, indiquait Hélène Van den Brink lors de la pause-déjeuner séparant les deux études de cas, car ce n’est que la deuxième année et je sens déjà une progression. Cette formation leur permet de mieux assimiler la théorie, elle leur offre aussi la possibilité de rencontrer les professionnels, banquiers, comptables, agenceurs, en petits groupes et donc dans de meilleures conditions qu’en enseignements dirigés. Enfin, c’est l’occasion de passer un moment vraiment sympathique, comme ce buffet offert par les étudiants ! »

L’année prochaine, Hélène Van den Brink aimerait aborder un regroupement et un transfert… avis aux titulaires !

Amélie Baumann-Thiriez

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